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lundi 4 juin 2012

Le Rapporteur #4


Mardi 1er mai. Le rap français refait son retard sur le rap américain : Method Man est déjà fan de 1995 et Waka Flocka reprend un vieux classique de Booba.

Mercredi 2 mai. Battle long et pénible entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. C'est genre pathétique.

Jeudi 3 mai. En 2005, le député François Grosdidier attaque des groupes de rap qui n'existent plus pour « incitation au racisme » mais perd le procès. Il récidive l'année suivante en accusant Monsieur R d'« outrage aux bonnes moeurs » mais la justice donne raison au rappeur. Aujourd'hui, Grosdidier pourrait bien passer de l'autre côté de la barre pour la gestion catastrophique et malhonnête de la ville dont il est maire. Et perdre une troisième fois ?

Vendredi 4 mai. Après avoir colonisé la France, le concept Word Up s'exporte en Espagne. L'introduction face caméra des présentateurs est au moins aussi ridicule que celle des Rap Contenders, mais ici au moins la salle est remplie.

Samedi 5 mai. Piège de Freestyle est de retour après plusieurs mois sans nouvelles, mais le montage est bâclé et l'introduction laisse penser que le présentateur vote à droite. Une version mise à jour est rapidement mise en ligne, mais le vrai problème persiste pourtant : les rappeurs n'ont que 10 secondes pour s'exprimer.

Lundi 7 mai. La gauche au pouvoir pour Libération, c'est comme « 5 teilles de Balantines » pour Guizmo : c'est  normal. Grosse journée pour Orelsan, qui assiste à son procès face aux féministes en carton de Ni putes ni soumises avant de filer à l'Olympia pour le meilleur live rap français de tous les temps.

Mardi 8 mai. Surréaliste : Lino explique pourquoi il boycotte la sortie de son propre album.

Mercredi 9 mai. Le site n-da-hood disparaît et MC Jean Gab'1 devient le Marion Cotillard au rabais du rap français.

Jeudi 10. Akhenaton et l'Olympique de Marseille donnent raison à l'infâme Eric Zemmour, qui prétend que « le rap est une sous culture d'analphabète », en laissant passer une faute d'orthographe sur le maillot de la saison prochaine. Heureusement qu'il ne s'agit que du troisième maillot d'un club de milieu de tableau. Affaire n-da-hood : ça sent de plus en plus le coup promo foireux.

Samedi 12 mai. Twitter s'affole : La Fouine aurait signalé un compte désormais suspendu. Déjà pointé du doigt pour un dérapage en Belgique, c'est cette fois le rappeur qui « se fait bien niquer sa race » puisque le hashtag #lafouineestunebalance fait partie des sujets les plus abordés en France. ce jour là. Du coup, le dernier freestyle de Morsay passe inaperçu.

Dimanche 13 mai. La longue histoire d'amour entre le rap français et la censure s'éternise. Saison 12, épisode 8 : l'extrême droite n'a pas aimé le dernier clip de Kery James.

Lundi 14 mai. La longue histoire d'amour entre le rap français et le cinéma s'essouffle : La Fouine joue le premier rôle d'un court-métrage d'horreur. Dans lequel il ne dénonce d'ailleurs personne. Selon les Haterz, Sexion d'Assaut se serait de nouveau produit pour une bar mitzvah. Homophobes oui, antisémites non.

Mardi 15 mai. On est ravi de savoir que le magazine GQ s'interesse aux Rap Contenders, mais Philippe Nassif a deux saisons et quinze ans de retard. Parce que ça fait longtemps que le rap est sorti des cités, et que depuis sa punchline contre Meska, Pand'Or a choké.

Mercredi 16 mai. Taipan donne l'interview la plus chiante de sa vie malgré une ou deux réponses bien senties. Joli tee-shirt, au passage. Le festival de Cannes s'ouvre sans Morsay, dont le film est pourtant nominé si l'on en croit ce qui est inscrit au dos de son DVD.

Jeudi 17 mai. Booba ne vient pas rapper cette année sur la croisette. Mais tant pis, c'est Eva Longoria qui s'en charge. Tony Parker peut avoir honte, son ex-femme se débrouille mieux que lui.

Dimanche 20 mai. Malgré son équipe de rêve, Paris n'est pas champion. 

Mardi 22 mai. Malgré son casting de rêve, Canal Street n'est pas drôle. Aucun rapport : il y aurait eu de vraies armes sur le tournage d'un clip de Booba. Le contraire aurait été étonnant.

Dimanche 27 mai. Le festival de Cannes se termine. Déception : Morsay n'y a finalement pas mis les pieds.

Mardi 29 mai. Ah, ça y est ! Morsay monte enfin les marches.

Mercredi 30 mai. Il n'y a définitivement qu'un seul et unique boss du rap game : 56 000 euros le feat, 500 000 euros la signature.

Retrouvez les rapporteurs des mois de janvier, février et mars.

jeudi 1 mars 2012

Le rapporteur #2

Partouze de chiens errants.
Mercredi 1er février. Affaire du cadavre d'Hollywood : deux suspects sont activement recherchés par la police américaine.

Vendredi 3 février. La Fouine, qui voulait « amener le rap au JT de 20h », se fait griller par Youssoupha qui reçoit les honneurs du Grand Journal en compagnie de Laurence Ferrari. Laquelle en profite prouver aux amateurs de rap français réfractaires à TF1 qu'elle est bien la MILF la plus excitante du PAF.

Samedi 4 février. Gaïden et Yoshi remportent la 3eme édition du tremplin Buzz Booster. « C'est pas du vrai rap » proteste en vain, dans le public, l'ami débile d'un de leur concurrent du soir. Sur scène, Yoshi lui répond en freestyle pendant que Gaïden pointe le trophée dans sa direction et affiche un sourire moqueur. Leur DJ, derrière eux, est déjà trop éclaté pour réagir. Le débat est ouvert.

Lundi 6 février. Jacques Bompard (photo), qui ne veut pas de rap sa ville d'Orange, se justifie dans La Provence : « IAM est un groupe sectaire et intolérant, consternant de mauvais goût et de violence » explique le Maire, que la blague Coupe le cake n'a sans doute pas convaincu. « Nous préférons du philharmonique ou des chanteurs de variété plus populaires » croit bon d'ajouter l'humoriste, ancien du FN et du MPF. La prise illégal d'intérêt et les irrégularités dans la gestion des comptes de ta ville, c'était pour rire ça aussi ?

Mardi 7 février. La pochette qui circule sur Twitter confirme le manque d'inspiration des rappeurs de 1995, qui avait déjà sobrement intitulé leur deuxième album  « La Suite ».

Mercredi 8 février. Bonne nouvelle, ce n'était finalement pas le bonne pochette. Mauvaise nouvelle, la bonne est juste un peu moins pire. 

Vendredi 10 février. Taipan choisi le thème de la drogue pour la sortie d'un clip qui annonce son prochain projet sur son nouveau label, « Taipan dans le circuit ». Résultat : plus de clics avec ce son moyen qu'avec son album réussi. Le cannabis et l'ambition, c'est dangereux pour le talent. Nekfeu, lui, est déjà connu. Alors il fait croquer ses vieux potes.

Samedi 11 février. Mokobé, qui a un flow de merde même quand il parle, est invité sur le plateau de Laurent Ruquier et de ses deux conasses. Audrey Pulvar, qui croit dur comme fer que tous les rappeurs sont misogynes, cite un de ses vieux morceaux pour faire croire qu'elle a de la culture et du goût. Perdu, le titre en question est une daube sans nom.

Dimanche 12 février. Le string de Sneazzy West éclipse le nouveau clip de 1995. Sexion d'Assaut n'a pas souhaité réagir.

Lundi 13 février. L'album d'Areno Jaz éclipse celui de Sneazzy West. L'abcdr du son a souhaité réagir.

Mardi 14 février. Guizmo est de retour dans le game avec le nouvel hymne de la Saint-Valentin du rap français. Orelsan n'a pas souhaité réagir.

Mercredi 15 février. Les Haterz nous habillent pour l'été.

Vendredi 17 février. En pleine séance de dédicaces dans un magasin de chaussures, Nekfeu est interpellé par un vendeur. « Y'a des traces de marqueurs sur la table  » s'insurge le malheureux. « Je sais dessiner sans déborder lui répond le prodige, mais là ça fait deux heures que je signe des autographes alors me casse pas les couilles pour deux traces de feutre sur ta tables à 5€ ». 1-0. Quelques minutes plus tard en direct à la radio : « Fuck ce magasin de vendus. Ils ont laissés des petits jeunes en galère dehors alors qu'il n'y a personne dans leur magasin de merde». 2-0.

Dimanche 19 février. Après Withney Houston, une autre diva nous quitte : le décès de Larusso est annoncé sur Twitter. Elle est pourtant encore en vie lorsque elle dément l'info dans la foulée. La rançon du succès, sans doute. 

Mercredi 22 février. L'histoire d'amour plus ou moins compliquée entre le rap français et le cinéma se poursuit : Taipan publie sur facebook la bande annonce surréaliste d'un film qu'il écrit et dans lequel il joue avec ses potes. Sans doute pour faire concurrence à Morsay, dont La vengeance sort dans 5 jours malgré un complot international. 

Jeudi 23 février. La meilleure défense, c'est l'attaque : en 2002, Booba rappait que la politique n'était qu'une « partouze de chiens errants ». 10 ans plus tard, Orelsan écrit la même chose en y mettant les formes pour les lecteurs de Télérama.

Vendredi 24 février. Des chercheurs français prouvent que le sperme et le rap ont au moins un point commun. L'étude ne précise malheureusement pas si les semences de Busta Flex et Philémon faisaient partie de l'échantillon étudié. Orelsan finit par réagir à la provocation de Guizmo en dégainant un joli tee-shirt. Un peu de patience, il faut attendre 355 jours pour le porter. Textile toujours, après Oxmo Puccino c'est Sneazzy West et Nekfeu qui apparaissent dans une vidéo Nike. D'ailleurs le hip hop attend toujours que la marque lui dise merci. Tout ça n'intéresse pas Mathilde Seignier qui se ridiculise en voulant faire monter Joey Starr sur la scène des Césars. Faut dire aussi qu'ils sont amis de longue date.

Dimanche 26 février. Coup dur pour Morsay dont le film est diffusé en intégralité sur Youtube la veille de sa sortie en DVD. La vidéo est cependant retirée après quelques heures. Sans doute une intervention de Marine Le Pen.

Lundi 27 février. Coup de théâtre le jour de la sortie de son DVD : Morsay annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Fermeture des banques, abolition du visa et légalisation du cannabis sont les points principaux d'un programme qui fait l'impasse sur les problématique liées à l'éducation nationale. Et 500 moins 40, on ne sait toujours pas combien ça fait.

Mercredi 29 février. « Une France sans problème, que des solutions » : c'est le slogan de campagne de Cortex qui se lance lui aussi dans la course à l'Elysée avec comme principales revendications l'excision des femmes pratiquant l'adultère et l'autorisation pour les prisonniers à faire appel à des prostitués. Le très sérieux candidat milite également pour que les homosexuels puissent adopter des SDF. Pas de problème qu'on vous dit, que des solutions. D'ailleurs Gaïden poste son nouveau clip. « On  peut dire que c'est du vrai rap » assure l'un de ses fans dans les commentaires. Le débat est donc clos.

Retrouvez aussi le rapporteur du mois de janvier. Rendez-vous en avril pour l'actualité du mois de mars !

jeudi 23 février 2012

Un mois après Noir Désir

Youssoupha, cheveux sur la langue.

J'avais promis de publier cette interview avant la sortie du dernier album de Youssoupha. Cette fois c'est donc décidé : je ne promettrai plus rien. Certaines questions perdent une partie de leur valeur maintenant que Noir Désir y a en partie répondu, mais la rhétorique et les réflexions de Youssoupha, bavard et pertinent, sont aussi agréables à lire qu'à écouter. Pas le temps de poser la première question, d'ailleurs, qu'il y répondait déjà...

Ça fait un bon moment que je n'ai pas fait d'interview. C'est avec toi que je l'ai faite au téléphone hier ? Avant ça, franchement... Pendant la préparation de Noir Désir je ne faisais pas d'interview si je n'avais rien à dire. Parce que des fois, vraiment, tu n'as rien à raconter. Qu'est ce que tu veux que je raconte, que j'ai eu un enfant ? Pourquoi pas, mais bon...

Je voulais justement t'en parler parce que la paternité est un sujet qui revient souvent dans tes textes.

J'ai hérité cette sale manie d'un chanteur que j'aime beaucoup qui s'appelle Renaud. Quand tu regardes sa discographie, il raconte d'abord qu'il rêve d'un enfant. Quand il rencontre sa femme, il lui demande si elle peut lui en faire un. Quand sa fille est née, il lui fait une chanson, puis une autre quand elle devient adolescente, une autre quand elle perd sa virginité, et il a été jusqu'à faire des chansons sur ses beaux-fils... Ça me touchait et ça correspondait à ma sensation. J'ai eu un enfant juste après la sortie de Sur les chemins du retour et j'en parle donc forcément dans Noir Désir. Je donne les réponses à toutes les questions que je me posais.

C'est le genre de sujets que les rappeurs ont parfois du mal à aborder.
 
J'avais envie d'aller vers quelque chose de nouveau parce que j'ai beaucoup changé. Ce n'est pas que je ne suis plus le même, mais je suis papa, j'ai 30 ans, deux albums derrière moi... Noir Désir parle d'amour. Le titre qui ouvre l'album s'appelle d'ailleurs « L'amour ». Je me suis demandé pourquoi on n'en parlait jamais alors que c'est le sentiment le plus fort. Je crois que c'est le mot qui revient le plus dans cet album. Avec ses nuances bien sûr : la mort des gens, le désamour des gens, l'amour ou le désamour d'un enfant, l'amour dans la vie de couple, l'amour d'un art, d'une musique... Pour revenir à la question, c'est n'est donc pas qu'une histoire de paternité, c'est beaucoup plus fort que ça. C'est une émulation de sentiments.

  
Est-ce que c'est cette forme de maturité qui t'a poussé à appeler l'album Noir Désir, qui est une référence à la culture populaire, plutôt que Négritude, qui aurait été une référence plus risquée ? [Le premier album de Youssoupha aurait du s'appeler Négritude, en référence à l'œuvre d'Aimé Césaire, mais était finalement sorti sous le nom d' « À chaque frère »]

C'est peut être pas faux, mais je ne l'ai pas réfléchi d'une manière aussi mécanique. Quand j'ai eu l'idée d'appeler mon album Noir Désir, je ressentais la signification mais je ne savais pas spécialement l'expliquer. Je voyais la notion d'amour, je voyais la notion d'Afrique, je voyais le côté militant qui pouvait faire référence au groupe, je voyais le culture populaire, je voyais la France, parce que Noir Désir est un grand groupe de rock français, je voyais la formule poétique... Il y a une charge sémantique super épaisse qui me convenait quelle que soit le sens dans laquelle on la prend. J'avais besoin de connaître le titre de cet album pour mieux l'écrire.

Est-ce qu'on peut tirer un trait sur Négritude ou est-ce que tu gardes l'envie d'appeler l'un de tes futurs album comme ça ?

C'est possible parce que c'est un thème qui revient vraiment souvent. Il y a un titre qui s'appelle « Noir Désir », avec un sample du groupe africain Staff Benda Bilili, qui parle justement de la condition de l'homme noir. Il y a des thèmes qu'on porte dans son ADN et dont on arrive pas à se dessaisir. Parler de négritude n'est pas une stratégie marketing, j'ai vraiment l'impression que ça vient spontanément. Et pourtant, le paradoxe, c'est que l'album ne parle pas tant que ça d'Afrique. Mais malgré tout, à un moment ou un autre, on revient à cette notion de culture noire et de négritude.

Tu sembles assumer de plus en plus l'influence de la musique africaine et ton père. [Tabu Ley Rochereau, artiste majeur de la rumba congolaise]

Je n'ai pas grandi avec mon père, que j'ai toujours aimé et respecté énormément, mais on peut dire pour résumer que je n'ai donc pas l'habitude qu'il me manque. Je pense à lui, mais passer deux ou trois ans sans le voir est presque une habitude. J'ai été amené à plus le voir récemment parce qu'il avait des problèmes de santé et on a réappris à se connaître. Ça m'a donné envie de me replonger dans sa musique, que je connaissais déjà, mais avec l'oreille du mélomane et de l'artiste que je suis devenu. J'ai trouvé ça encore plus fascinant et ça m'a donné des pistes pour l'album. Je me suis rendu compte que c'est un prodige absolu que je ne serai jamais. Ça fait un peu « mégalo familial », mais je suis vraiment fan de lui. Et quel que soit les difficultés ou la complexité des rapports que j'ai avec mon père, je me dis que ça ne me regarde pas mon fils : c'est son grand père et c'est tout. Le rapprochement avec mon père et la naissance de mon fils m'ont donné un équilibre qui m'a permis de refonder mes bases artistiques et mon inspiration.


Est-ce que tu vas assumer ces racines au point de faire un morceau avec lui ou de rapper en lingala sur l'album ?

Rapper en Lingala je ne l'ai pas fait sur l'album, mais je l'ai fait sur un featuring récent. Pour le featuring avec lui je ne réponds pas à la question, mais je vous laisse deviner... [Youssoupha rap effectivement sur un sample de son père dans « Les disques de mon père »]
Dans « Menace de mort » tu demandes : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ». Beaucoup de rappeurs le font pourtant. Quel regard portes tu sur le rap français ?

Le rap n'est pas une musique comme une autre. Elle a cette particularité d'être le porte voix de communautés de gens sous représentés politiquement et médiatiquement. On a donc une sorte de responsabilité et de message à porter ou à relayer. On ne peut pas faire comme si tout allait bien. Il faut de tout pour faire un rap, mais il faut qu'on assume cette responsabilité. « Qui prétend faire du rap sans prendre position » est une phrase que j'ai repris à Rockin' Squat parce qu'elle m'a faite entrer dans le rap. Je ne rappais pas encore que j'avais déjà entendu ce précepte et je savais donc à quoi m'en tenir. Le jour ou je me serai ramolli sur mes positions, le jour ou je serai transparent sur la manière de m'engager, le jour ou je ne relaierai plus la voix de ceux qui n'en ont pas, alors je ne ferai plus de rap.

Beaucoup de fans de rap français arrêtent d'en écouter parce que la transition entre les anciens et les jeunes est compliquée. Je ne me reconnais pas d'en ce que fait La Fouine par exemple [question posée par Trez, moi hamdoulah ça va]. Comment entends-tu rapprocher les générations ?

Déjà, je suis un vrai passionné, un vrai bouzillé de rap français. Je respecte cette musique parce qu'elle a sauvé ma vie. Je ne peux pas cracher dessus, mais je déplore simplement qu'il n'y ait pas de rap de « gaillards » en France. Je vais me faire comprendre... Dans nos rapports aux médias, aux festivals et aux acteurs de l'industrie, par exemple, le rap s'est catégorisé comme une musique de môme. Quand j'ai commencé, vers 14 ou 15 ans, je faisais du rap d'adolescent. Aujourd'hui, j'ai passé le cap des 30 ans, je fais du rap d'un mec de 30 ans. Ce qui me saoule, malgré tout le respect que j'ai pour eux, c'est quand on est obligé de faire du rap pour les petits. Ça ma saoule d'autant plus qu'on a pas toujours besoin des les infantiliser ! J'en connais de 14 ans qui écoutent Led Zeppelin ou les Sages Po... Il faut arrêter de s'embarquer dans un jeunisme bête et méchant. La Sexion d'Assaut, que je respecte beaucoup, fait de la musique pour les jeunes parce qu'ils sont vraiment jeunes. Mais un ancien qui fait comme la Sexion d'Assaut, je trouve ça pathétique. J'essaie juste de ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas. Pourquoi prendre une posture ? Fais du rap de ton âge ! Et j'ai toujours un peu déploré aussi que quand on devient « gaillard » le rap français passe forcément par des issues comme le jazz, comme mon frère Oxmo que j'aime beaucoup, ou le slam, comme Abd Al Malik que je respecte beaucoup aussi. Je n'aime pas les complexes qui font que le rap doit forcément être sous la tutelle d'une musique « plus respectable » pour devenir adulte. Non, le rap c'est bien !

Pas de bling bling il brille déjà.

Est-ce que le problème ne vient pas aussi du fait qu'on n'est pas réussi à éduquer un public hip hop ?

Je déplore aussi qu'on n'est pas plus souvent un mélange des publics. Youssoupha, Oxmo Puccino, Sexion d'Assaut, La Fouine : tout ça c'est du rap. Il faut qu'on trouve une cohérence et qu'on le sublime pour que toutes les générations le reconnaissent. J'ai l'impression qu'avec le temps on intègre nous même que le rap c'est presque honteux. Il faut le chantonner, le mélanger a du slam, du jazz... Quand Joey Starr est passé chez Ruquier, un journaliste lui disait qu'il avait plusieurs cultures et que c'était dommage que l'album reste « rap rap » et qu'on ne ressente pas l'influence d'autres musiques. Mais c'est super bidon ! Est-ce que quand tu reçois William Sheller ou Indochine tu leurs dis que c'est dommage qu'il n'y ai pas de d'Afrika Bambaataa dans leur album ? On n'a pas besoin d'être sous tutelle. On rentre nous même dans un délire de sous-culture, comme dirait mon ami... Mais on est une culture forte et belle ! Le rap c'est beau, c'est sublime, c'est magnifique ! Il faut qu'on assume cette musique.

Tu fais finalement partie de la première génération de rappeurs qui va peut-être réussir à vieillir dans la musique. Rocé disait d'ailleurs dans son dernier album qu'il était « le seul trentenaire à rapper comme un adulte ». Maintenant, vous êtes au moins deux.

Je cite justement cette parole de Rocé dans le titre « J'ai changé ». Ce n'est pas une gloire particulière et ça ne veut pas que je suis plus intelligent que la moyenne, parce qu'il m'arrive aussi de dire des conneries, mais ça revient à dire ce que je disais tout à l'heure. Rapper comme un adulte, c'est évoluer avec son âge et son temps. Sinon on se ridiculise à se caricaturer dans une posture de jeunisme qui fait pitié. Nas et Jay-Z pourraient faire du Soulja Boy s'il le voulaient, ils ont l'argent et le carnet d'adresse. Mais ils ne le font pas parce que ce n'est pas leur rôle et qu'ils ont autre chose à apporter à leur courant musical. Aux USA, les gaillards de l'industrie connaissent leur rôle. Et si on ne comprend pas ce que fait Soulja Boy, les jeunes, eux, comprennent. Il ne faut pas qu'on les fasse complexer ou qu'ils deviennent aigri avec des messages du genre «le rap c'était mieux avant ».

Même si c'est de moins en moins vrai, j'ai souvent l'impression que le rap français manque d'unité. Tu as fais l'effort d'inviter plusieurs rappeurs sur le remix d'« Apprentissage ». Est-ce un calcul en terme d'image ou en terme d'unité du mouvement ?

Il y a un peu de ces deux raisons mais il y a aussi d'autres paramètres. Il y a déjà le rapport humain, parce que notre musique n'est pas super buzzé par les médias généralistes Si en plus on se casse les pieds entre nous... L'émulation entre aussi en compte. La performance est propre au rap, qui est né dans les battles. Écouter les autres rappeurs permet de progresser. Écouter l'album d'Orelsan pendant la fin de l'enregistrement de Noir Désir, par exemple, m'a donné la gouache. Et puis on ne peux pas nier qu'il y a aussi une notion de marketing. On est une industrie, donc on n'a pas forcément besoin de s'aimer pour travailler ensemble. Le public est demandeur de collaborations et se moque de nos états d'âmes et de nos égos. On a parfois trop tendance à regarder nos nombrils et à faire trop de calculs alors qu'on gagnerait tous à collaborer. Quand P. Diddy , 50 cent et Jay-Z font une collaboration, je ne pense pas qu'ils s'aiment vraiment et je ne pense pas qu'on puisse justifier d'un problème d'égo état donné que ce sont tous des multimillionnaires en dollars.

Concernant l'affaire Zemmour, tu as fais appel de la décision de la justice et tu as inclus le morceau « Menace de mort » dans l'album. Est-ce que ce n'est pas pas prendre le risque de réduire ta musique à cette polémique ?

C'est la raison pour laquelle au début je ne voulais pas faire appel, d'autant plus que la procédure est lourde et qu'elle a un coût. Mais j'ai mal vécu le fait d'avoir perdu parce que tous les gens qui étaient à l'audience étaient d'accords pour dire qu'on avait vraiment démontré l'absurdité de sa plainte. Son l'avocat était d'ailleurs à court d'arguments et même le procureur à pris position pour nous ! Je pensais vraiment que c'était injuste que quelqu'un qui parle mal d'autant de communauté et de groupes de gens puisse se permettre de se sentir blessé parce que quelqu'un dit qu'il fallait le faire taire. Je ne suis pas le seul à me sentir blessé par les propos qu'il a tenu. Perdre ce procès reste une incompréhension, alors peu importe ce que l'appel me coutera en terme d'argent et d'image.


Quand Zemmour dit que « la plupart des délinquants sont noirs et arabes », c'est un raisonnement par l'absurde. C'est quelqu'un de très intelligent et très cultivé qui sait que dans toutes les civilisations et à toutes les époques, les gens les plus défavorisés, qui sont souvent issus des immigrations les plus récentes, sont les gens qui tombent le plus facilement dans la délinquance. C'est un mécanisme vieux comme le monde qui n'a aucune corrélation avec la race, l'ethnie ou les origines. Il n'y avait pas d'immigration de noirs et d'arabes il y a 100 ans en France, mais il y avait quand même de la délinquance. C'était qui ? Les plus pauvres et les plus démunis ! C'est une question sociale et il en fait une question raciale et ethnique. 


On peut presque résumer les valeurs et les idées défendus dans cette polémique à un combat entre la gauche et la droite. Est-ce que ce procès peut devenir politique ?

Je sais qu'Éric Zemmour a parfois eu des tribunes lors de congrès et de colloques UMP. Moi, je travaille avec des associations et des collectifs, mais avec aucun parti politique en particulier malgré que j'ai souvent été sollicité. Ça m'est arrivé, par curiosité, d'assister à des meetings et je vais sans doute continuer à le faire pendant la campagne car je ne cache pas que je suis un peu perdu au niveau de mon vote. Concernant la polémique, oui il y a une dimension politique. Mais je ne suis pas plus de gauche que n'importe qui. Je défends simplement mes convictions, ma culture, et l'histoire des gens qui me ressemblent.

[Le manager commencer à nous faire signe qu'il est temps d'abréger l'interview] Impossible de ne pas te parler pour finir de la récente signature de Taipan sur ton label. Pourquoi lui ?

Parce qu'on me dit souvent que j'écris bien, mais lui écrit dix fois mieux que moi. Un jour il a dit « Mon pote Africain si tu m'entends, brûle ton tee-shirt Noir et fier...

… être fier de sa race c'est un sale concept de blanc » !

J'ai saigné du nez ! Taipan c'est un agitateur, un gesteur d'opinion incroyable. Il me fascine. Il a une plume de malade. C'est pour moi la plus belle plume du rap français.

Ça fait plusieurs années qu'il enchaîne les promesses, mais il n'a encore rien concrétisé.

Je suis d'accord avec ça, et c'est peut-être sur là-dessus qu'on va essayer de l'aider. Par rapport à la consistance, à la communication et à la maitrise de son projet.

Son concept d'AFPAN rappelle un peu ton morceau « Rapporteur ».

Je ne peux plus faire de morceau comme ça quand je l'entends faire les AFPAN... Je le pousse a en refaire d'ailleurs. Il fait le flemmard, il faut que je l'engueule !

Est-ce que c'est toi qui a précipité son départ du label LZO ?

Non, il était déjà partie tacitement depuis des mois. Je respecte beaucoup LZO. C'est un label qui n'a pas toujours l'occasion de pousser ses artistes au mieux mais qui est très respectable.

[Le manager s'impatiente vraiment] Je voulais te parler du Congo aussi.

J'ai suivi l'actualité, mais pour ne rien te cacher ma source la plus fiable reste encore Twitter. J'en ai marre de France 24, de LCI et de Itélé pour tous les évènements qui se passent en Afrique. Les gens sur place rendent compte de la situation avec le hashtag #RDC2011. J'espère qu'il n'y aura pas de trouble car j'ai de la famille là-bas. C'est malheureusement le lot de trop d'élections en Afrique.

Et ce délire de Geste, qu'est-ce que ça signifie ?

La signification est rare et difficile à trouver parce que le geste n'a pas de définition. Tu gestes seulement. Et quant tu gestes, tu le sauras toi même. Tu diras, « oh, je geste ».


Interview réalisée à l'occasion du passage de Youssoupha au festival Tissé Métisse à Nantes le 10 décembre 2011. Merci à Trez (Akalmy/Bass Addict), qui a posé certaines questions, ainsi qu'à Ladislas et Didoo (La Formule/Just44hiphop) pour les images.

Le titre fait référence à la série d'articles que j'ai publié avant la sortie de l'album :  41 jours avant Noir Désir, 33 jours avant Noir Désir, 20 jours avant Noir Désir et enfin Noir Désir.



mardi 13 décembre 2011

41 jours avant Noir Désir

Rares sont les albums de rap français à susciter autant de buzz que celui que s'apprête à sortir Youssoupha. Si j'ai récemment  retracé son parcours jusqu'au « procès Zemmour », je vais maintenant me concentrer sur les jours qui nous séparent de la sortie de Noir Désir à travers le compte à rebours que j'engage avec ce billet.

Noir Désir sera dans les bacs le 23 janvier 2012.
Omniprésent sur les réseaux sociaux (plus de 20 000 abonnés sur Twitter, près de 100 000 fans sur Facebook) où il mène une stratégie cohérente et efficace (plus d'actualités que Booba, pas de fautes d'orthogaphes comme Nessbeal, moins de retweets inutiles que La Fouine et une ponctuation plus sobre que Sexion d'Assaut), Youssoupha est déjà certain de faire parler de lui avant, pendant et après la sortie de l'album. La façon dont il avait géré l'approche du procès en septembre dernier témoignait déjà d'une maîtrise presque parfaite de ces outils, la sortie du morceau « Menace de mort » la veille de l'audience relevant quasiment du génie.

Je ne reviendrai pas sur « Espérance de vie », dont j'ai déjà parlé à sa sortie il y a quelques jours, sinon pour dire que c'est un morceau qui prend toute sa dimension sur scène. Youssoupha l'a joué ce week-end au festival Tissé Métisse, à l'occasion duquel j'ai d'ailleurs eu la chance de le rencontrer de nouveau. L'interview sera en ligne avant que Noir Désir soit dans les bacs. Si les Dieux de la procrastination m'épargnent.

Le visuel de la pochette a été dévoilé la semaine passée dans la vidéo qui suit. On entre dans l'intimité de sa confection et on devine les photos du livret au son d'un excellent couplet inédit qui ne sera pas sur l'album. Où comment faire grimper l'excitation en n'en montrant ni trop, ni trop peu.



Le deuxième extrait de l'album après « Espérance de vie » a quant à lui été dévoilé hier. Le texte assez peu consistant, le flow saccadé et le refrain chanté m'ont surpris autant qu'un morceau d'Orelsan au caractéristiques relativement similaires il y a deux mois . Youssoupha s'ouvre au grand public avec ces "Histoires vraies", qu'il rend plus accessibles sans se corrompre avec une instru vraiment trop légère ou un featuring honteux. Joli coup à un peu plus d'un mois de la sortie. 

Reste à espérer qu'il saura trouver sur Noir Désir l'équilibre entre des morceaux de ce genre et d'autres plus fidèles à ces talents d'origines. Orelsan a su le faire pour Le chant des sirènes, avec un succès populaire une reconnaissance artistique à la clé. A charge pour Youssoupha de suivre sa voie.



Suite du compte à rebours à la prochaine actualité ou dès que l'une de mes deux interviews (février2010 et décembre 2011) sera prête.

mercredi 12 octobre 2011

Pour une seule bonne raison

Un refrain chanté qui revient toutes les 30 secondes, aucun mot de plus de deux syllabes, pas de vulgarité et une fable toute simple qui fait se lever de bonne humeur : le rap français sait désormais s'adapter aux exigences du grand public, malgré les réticences des amateurs qui ne voient souvent dans ce genre de morceaux qu'un signe de soumission à l'industrie du disque.



Je m'étais déjà fait la remarque avec Désolé de Sexion d'Assaut, puis avec Les vents favorables de La Fouine. J'avais d'ailleurs abordé le sujet avec lui, à l'occasion d'une interview lors de son passage à Nantes en février dernier. "Les vents favorables, c'est l'une des chansons les mieux écrites de l'album" m'avait-il répondu alors que je lui avouais que j'adorais le morceau, malgré une écriture plus naïve que d'habitude. "Il n'y a que les journalistes qui intellectualisent les chansons. Ce morceau est naïf, oui, mais il va accompagner les gens au travail, à l'école, partout !" avait-il insisté devant mon incrédulité. Révélation. Même si, six mois plus tard, j'ai encore mis plusieurs jours à m'avouer que j'adorais ce morceau d'Orelsan. "Je me suis autorisé cet écart parce que je trouve que la naïveté manque dans le rap français" avait conclu La Fouine, dont l'album, tout comme celui d'Orelsan, était par ailleurs excellent. Si eux se l'autorisent, alors pourquoi pas moi ? Au fond, je crois que la terre est ronde.

[L'interview de La Fouine n'a jamais été publiée parce que je suis un foutu bon à rien et que j'ai d'abord celle de Lartizan à finir. J'ai 5 articles en chantier, j'essaie de compiler et publier ça rapidement pour me faire pardonner de ces deux semaines d'absences.]

mardi 19 avril 2011

La Fouine et Laouni

Cette vidéo, à mes yeux, possède deux intérêts.



Elle est drôle, d'abord. Elle synthétise parfaitement les deux personnages que sont La Fouine et Laouni, ensuite. Attardons nous sur ce point. Le quatrième (double) album du rappeur à la barbichette et à la double personnalité, sorti début 2011, s'intitule La Fouine VS Laouni (d'ailleurs...). Son concept : un disque d'égotrip vulgaire joyeusement bordélique (exemple) et l'autre plus mature, mélancolique, intime et émouvant (exemple). Disponibilité, humour et sourire : c'est Laouni qui déboule dans l'appartement de Gaël et Baptiste. Avec un gimmick du ghetto, car La Fouine n'est jamais très loin. Vulgarité,  insultes  et punchlines : c'est La Fouine qui pousse la chansonnette. Avec une guitare dans les mains, car Laouni n'est jamais très loin.

Je me suis récemment penché sur sa discographie et ne l'ai pas regretté. Je vous encourage, et je ne suis pas le seul, à en faire de même. Si vous avez un peu de temps à perdre, évidemment.

lundi 11 avril 2011

Variété française + rap américain

"À cause des préjugés, penses à tout ce que t'as raté". Un superbe morceau de la sous côté Mireille Mathieu par exemple ? C'est dommage, elle porte une robe comme on n'en fait plus et raconte qu'elle se fait serrer sur le dernier morceau de la soirée.



L'excellent Destruct, américain peu connu aux faux airs de La Fouine, l'a récemment samplé. Des pigeons, des basses et du flow. Michto. Preuve s'il fallait encore que la variété c’est ma maîtresse, le rap l’amour de ma vie.



Bonus : variété française + rap américain ; variété française + rap américain.

mardi 22 mars 2011

Hip Opsession : épisode 8

Rapide retour sur mon travail pour le journal Presse Océan lors du dernier festival Hip Opsession pour clôturer cette mini série d'articles. En espérant travailler de nouveau pour eux sur le Hellfest au mois de juin, et sur Hip Opsession 8 l'an prochain. Sincèrement.

MOP à l'Olympic, le dimanche 27 février.

Jeudi 17 février : interview de Nicolas Reverdito.

Je connais assez bien le responsable de l'association qui organise le festival pour avoir fait un stage là-bas en 2007 et pour l'avoir interviewé plusieurs fois depuis, avec plus ou moins de succès. La question de la reconnaissance du hip hop, qui me hante depuis plusieurs mois et qui va revenir dans les prochains papiers, est déjà posée. Interview frustrante car les questions survolent le sujet pour rester accessibles. Heureusement, j'en avais posé d'autres, plus pointues, quelques jours plus tôt, pour le magazine Pulsomatic... La photo d'origine était parfaite, avec les graffeurs qui préparaient leur exposition à l'Atelier au deuxième plan, mais a été détourée pour une question de maquette.


Très certainement ma contribution la plus réussie. Grâce à la possibilité qu'on m'a donnée de disposer de deux pages entières, déjà, mais aussi à la rencontre avec Martin, dont il est question dans le papier de gauche, aux jolies photos, dont les couleurs et les mouvements se complètent, et à un super titre qui... n'est pas de moi !

Dimanche 20 février : page photo sur le battle.  

Je n'ai pas pris les photos ni rédigé les légendes, mais je me suis battu pour cette page alors je m'en accorde quand même une partie du bénéfice... Les clichés, pour l'anecdote, ont tous été pris lors des qualifications et du battle "junior" de l'après midi, pour des raisons de disponibilité et d'organisation. Le photographe, qui s'y connait autant en hip hop que moi en mathématiques, est revenu à la rédaction bluffé par le spectacle. Si vous n'y avez jamais mis les pieds, songez-y sérieusement. Ce battle, tous les ans, est génial.

Jeudi 24 février : Interview de La Fouine.

J'ai timidement proposé un petit sujet sur le concert de La Fouine lors de la réunion de préparation du festival, pensant que ça ne passerait jamais. L'un des rédacs chef m'a répondu que son fils l'adorait et qu'il aimerait mieux le connaître, avant de réfléchir et de me proposer une page entière pour une interview. Cadeau. Elle s'est faite par téléphone le lundi précédant la parution, et alors qu'on m'avait vendu un artiste toujours accessible et de bonne humeur, je suis tombé sur un mec pressé que l'interview semblait agacer. Déception. Heureusement, une seconde interview (pour le blog ou pour celui qui voudra bien la publier) dans les coulisses de l'Olympic le soir du concert m'a fait changer d'avis. D'une parce que La Fouine est vraiment un chic type, de deux parce qu'il m'a expliqué en s'excusant qu'il conduisait lors de notre premier entretien. Rires. Comme pour l'interview de Nico Reverdito, les questions survolent le sujet (je me suis largement rattrapé avec l'autre...) et je parle de reconnaissance. Incorrigible.

Facile.

Une très jolie page grâce à une grande photo qui aurait du paraître en plus petite si je n'avais pas fait 50 lignes au lieu des 70 initialement prévues... Petite incompréhension sans gravité donc, qui m'aura tout de même empêchée de rentrer dans les détails.


Dimanche 27 février : double page sur le graffeur Persu.

Je vais commencer par réparer une injustice : mon titre avant relecture était "Des lettres et des couleurs pour passion". Le commun des mortels s'en moque sans doute, mais un titre qui ne va au bout de sa ligne et qui reprend un mot déjà présent dans le surtitre et dans la chapeau (ici "Persu"), ce n'est vraiment pas joli. À part ça, cette double page Nantes que j'aime, qui consiste à parler chaque dimanche des lieux préférés d'un Nantais, est de loin ma contribution la plus frustrante de tout le festival. Persu est un artiste ultra talentueux et un personnage vraiment attachant, qui aime le catch, les chats et le graffiti. Ouais. J'aurais aimé avoir plus de place encore pour raconter en détails cette matinée passée avec lui à parcourir le Nantes qu'il aime. Les décors et les ambiances. Son parcours et ses motivations. Sa modestie et mon admiration. Pas facile de synthétiser et d'être à la hauteur de mes exigences. M'enfin, deux doubles pages en huit jours, je ne vais pas me plaindre. Pour l'anecdote, Persu voulait qu'un chat apparaisse sur l'une des photos. Pari tenu !


Trois petites colonnes et une mini photo. C'est le moment du festival où je me suis rendu compte que je n'avais fait depuis le début que des pages entières...  Sympathique rencontre avec Rocé, que je n'ai malheureusement pas pu interviewer faute de temps. Et l'immense oubli dans le surtitre, vous l'aviez vu ?


Il fallait  bien que je glisse une petite quenelle, non ? Alors j'ai plus ou moins demandé l'autorisation et j'ai improvisé ce hors texte sur La Rumeur. J'avais écrit dans leur présentation, plus haut, que le racisme et l'injustice passaient "dans leur viseur". Passage coupé à la relecture, malheureusement, le "Feu !"  qui conclut perdant donc tout son sens... J'ai hésité à parler du Touareg, qui m'avait plus ou moins cassé les couilles l'an dernier à l'Olympic alors que j'attendais que Youssoupha finisse une interview pour rentrer dans sa loge à mon tour. En bon pro que je ne suis pas, j'ai rangé mon égo. Qu'il s'en souvienne. Quant à Rocé, j'en avais déjà parlé ici et dans Pulsomatic et ne savais presque plus quoi écrire pour éviter de me répêter... J'ai appris que le concert était complet en rédigeant le papier, et la question de son intérêt s'est donc posée. Et puis merde, on parle bien de Johnny un an à l'avance.

Jusqu'ici tout va bien.

Les temps forts du festival sont tous passés et les papiers se font de plus en plus court, ce qui ne m'empêche pas d'en caser une sur la reconnaissance du hip hop... Mon titre est merdique, d'autant plus que c'est le quatrième au moins qui contient "rap" ou "hip hop". La photo n'a rien à voir avec l'évènement, j'aurais du m'y prendre plus tôt pour en trouver une meilleur. Bref, cette demi-page n'est pas celle dont je suis le plus fier.

Dimanche 6 mars : photo du salon hip hop.

Le maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, accessoirement président du groupe socialiste à l'assemblée nationale, est passé à l'improviste visiter ce salon hip hop inédit. La collègue avec qui j'y suis allé dans l'après-midi l'a photographié au moment ou Rocé, également présent, passait derrière lui. Résultat : une photo invraisemblable qui ne sera pas publiée car Jean-Marc Ayraut apparaissait déjà sur une autre page du journal. Aller, cadeau.

Dimanche 6 mars toujours : courte présentation du concert de Radix.

J'avais 10 minutes pour boucher un trou en fin de journal et j'en ai passé 9 à trouver une photo.

Mercredi 9 mars : bilan et perspectives.

Le papier bonus ! Il n'était pas prévu, mais j'ai demandé poliment alors on m'a dit "oui". Lors d'un after génial au remorqueur, Nico Reverdito m'a mis au défi d'écrire que le festival, "c'est aussi ça". Même pas peur ! Comme un symbole de tous les autres papiers, j'y parle de reconnaissance et j'utilise "hip hop" dans le titre... Il a été coupé à la relecture, mais le propos reste fidèle à ce que j'avais écris. L'un des seuls papiers ou presque que j'ai eu le temps de mûrir quelques jours avant de rendre. J'ai beaucoup réfléchi pour le conclure. Et si, finalement, le hip hop n'avait pas besoin de reconnaissance ? Vaste débat...

Expo "La vie déraille" à l'Atelier.

Question de contrat, je n'avais le droit de ni de signer mes papiers ni de créditer mes photos, et j'ai fait tout ça pour 300€. Comme je l'écrivais au dernier épisode, j'aimerai pourtant vivre dans un festival Hip Opsession qui ne finirait jamais. Les soirées, concerts, expositions, spectacles, rencontres et opportunités s'enchaînent. Je travaille le jour et fais la fête la nuit. Trois semaines de débauche et de musique. Complètement rock'n'roll hip hop.

samedi 26 février 2011

Hip Opsession : épisode 3

C'est à l'Olympic que les choses se passent ce week-end pour la suite du festival Hip Opsession, yeah.

Yeah, j'y étais cet après-midi pour une interview de La Fouine (suivez de près les prochaines Fouiny Story, ce n'est pas impossible que j'apparaisse sur un plan de coupe). Normalement 10 minutes, yeah, en fait 30. Bon contact, bon client. A suivre d'ici quelques semaines ici ou là. Le concert du soir était bon, sans plus. Le show n'est pas encore rodé et le public nantais a fait honneur à sa réputation de merde, yeah.  Les 600 spectateurs, le mot n'est pas choisi au hasard, sont tous parti avant un éventuel rappel. Enfin, il y avait des classiques, du flow et de l'énergie, et c'est déjà pas mal. Bon vent et bonne tournée à toi, Fouiny babe.

Un morceau "Code Barbichette" avec Médine ? Je lui ai posé la question.
L'Olympic, donc, j'y serais encore demain pour le battle TKO et le concert d'Onyx. Je ne connais ni l'un ni l'autre, on verra bien ce que ça donnera, yeah. Lartizan sera dans le jury du battle. Pas de panique, une interview est déjà calé pour le lendemain. Dimanche, justement, j'y serais toujours. J-Live et M.O.P clôtureront le week-end, yeah, en envoyant du classique.

 Et pendant ce temps à Presse Océan ? Les choses continuent de se passer. Je ferai le bilan, calmement, d'ici quelques jours.

mercredi 23 février 2011

Le plus beau concert de ma vie ?

J'y étais. Pourtant je n'avais pas de place et je n'avais pas le temps, mais je l'ai pris quand même et j'en ai acheté une au dernier moment.


Le concert avait commencé depuis 10 bonnes minutes et tout le monde était rentré. Moi, j'étais encore devant l'Olympic, avec deux ou trois autres déçus, scotché devant le "complet" qui s'étalait en majuscules sur la porte d'entrée. Putain, j'attends quoi alors que je sais qu'il ne se passera plus rien ? Voilà ce que je me disais quand soudain, venant de nulle part, surgit un inconnu. Je lui ai demandé de remercier son ami malade, j'ai payé et je suis entré.

La salle archi-comble était déjà conquise par la voix puissante de Charles Bradley et les musiciens géniaux du Menahan Street Band. Je me suis faufilé comme j'ai pu pour finalement dépasser tout juste l'étouffant plafond du balcon. Toute la peine du monde sur ses épaules, de l'émotion sous mes yeux et les années 60 dans mes oreilles, sans fausse note ni exagération. Bluffé, captivé, ému : j'ai voulu applaudir, mais on était tellement serré que j'ai du garder les mains dans mes poches.

Pas de changement de plateau puisque le Menahan Street Band et The Expressions, en fait, ce sont les mêmes musiciens. Juste le temps de quelques accords de guitare et c'est Lee Fields qui faisait son entrée sur scène. La même classe, la même présence, le même talent et le même charisme que sa première partie de luxe. Le public et moi écoutions religieusement. Fasciné, épaté, retourné : j'ai poussé ma voisine et je me suis ca-ssé le dos, oh, mais j'ai fini par applaudir.


1h30 de show et deux rappels plus tard et je sortais complètement sonné de la salle. Même Sharon Jones, dans la voiture, peinait à me faire revenir sur terre. Retour en 2011 et à la réalité prévu vendredi soir, toujours à l'Olympic, pour le concert de La Fouine.