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lundi 4 juin 2012

Le Rapporteur #4


Mardi 1er mai. Le rap français refait son retard sur le rap américain : Method Man est déjà fan de 1995 et Waka Flocka reprend un vieux classique de Booba.

Mercredi 2 mai. Battle long et pénible entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. C'est genre pathétique.

Jeudi 3 mai. En 2005, le député François Grosdidier attaque des groupes de rap qui n'existent plus pour « incitation au racisme » mais perd le procès. Il récidive l'année suivante en accusant Monsieur R d'« outrage aux bonnes moeurs » mais la justice donne raison au rappeur. Aujourd'hui, Grosdidier pourrait bien passer de l'autre côté de la barre pour la gestion catastrophique et malhonnête de la ville dont il est maire. Et perdre une troisième fois ?

Vendredi 4 mai. Après avoir colonisé la France, le concept Word Up s'exporte en Espagne. L'introduction face caméra des présentateurs est au moins aussi ridicule que celle des Rap Contenders, mais ici au moins la salle est remplie.

Samedi 5 mai. Piège de Freestyle est de retour après plusieurs mois sans nouvelles, mais le montage est bâclé et l'introduction laisse penser que le présentateur vote à droite. Une version mise à jour est rapidement mise en ligne, mais le vrai problème persiste pourtant : les rappeurs n'ont que 10 secondes pour s'exprimer.

Lundi 7 mai. La gauche au pouvoir pour Libération, c'est comme « 5 teilles de Balantines » pour Guizmo : c'est  normal. Grosse journée pour Orelsan, qui assiste à son procès face aux féministes en carton de Ni putes ni soumises avant de filer à l'Olympia pour le meilleur live rap français de tous les temps.

Mardi 8 mai. Surréaliste : Lino explique pourquoi il boycotte la sortie de son propre album.

Mercredi 9 mai. Le site n-da-hood disparaît et MC Jean Gab'1 devient le Marion Cotillard au rabais du rap français.

Jeudi 10. Akhenaton et l'Olympique de Marseille donnent raison à l'infâme Eric Zemmour, qui prétend que « le rap est une sous culture d'analphabète », en laissant passer une faute d'orthographe sur le maillot de la saison prochaine. Heureusement qu'il ne s'agit que du troisième maillot d'un club de milieu de tableau. Affaire n-da-hood : ça sent de plus en plus le coup promo foireux.

Samedi 12 mai. Twitter s'affole : La Fouine aurait signalé un compte désormais suspendu. Déjà pointé du doigt pour un dérapage en Belgique, c'est cette fois le rappeur qui « se fait bien niquer sa race » puisque le hashtag #lafouineestunebalance fait partie des sujets les plus abordés en France. ce jour là. Du coup, le dernier freestyle de Morsay passe inaperçu.

Dimanche 13 mai. La longue histoire d'amour entre le rap français et la censure s'éternise. Saison 12, épisode 8 : l'extrême droite n'a pas aimé le dernier clip de Kery James.

Lundi 14 mai. La longue histoire d'amour entre le rap français et le cinéma s'essouffle : La Fouine joue le premier rôle d'un court-métrage d'horreur. Dans lequel il ne dénonce d'ailleurs personne. Selon les Haterz, Sexion d'Assaut se serait de nouveau produit pour une bar mitzvah. Homophobes oui, antisémites non.

Mardi 15 mai. On est ravi de savoir que le magazine GQ s'interesse aux Rap Contenders, mais Philippe Nassif a deux saisons et quinze ans de retard. Parce que ça fait longtemps que le rap est sorti des cités, et que depuis sa punchline contre Meska, Pand'Or a choké.

Mercredi 16 mai. Taipan donne l'interview la plus chiante de sa vie malgré une ou deux réponses bien senties. Joli tee-shirt, au passage. Le festival de Cannes s'ouvre sans Morsay, dont le film est pourtant nominé si l'on en croit ce qui est inscrit au dos de son DVD.

Jeudi 17 mai. Booba ne vient pas rapper cette année sur la croisette. Mais tant pis, c'est Eva Longoria qui s'en charge. Tony Parker peut avoir honte, son ex-femme se débrouille mieux que lui.

Dimanche 20 mai. Malgré son équipe de rêve, Paris n'est pas champion. 

Mardi 22 mai. Malgré son casting de rêve, Canal Street n'est pas drôle. Aucun rapport : il y aurait eu de vraies armes sur le tournage d'un clip de Booba. Le contraire aurait été étonnant.

Dimanche 27 mai. Le festival de Cannes se termine. Déception : Morsay n'y a finalement pas mis les pieds.

Mardi 29 mai. Ah, ça y est ! Morsay monte enfin les marches.

Mercredi 30 mai. Il n'y a définitivement qu'un seul et unique boss du rap game : 56 000 euros le feat, 500 000 euros la signature.

Retrouvez les rapporteurs des mois de janvier, février et mars.

lundi 2 avril 2012

Le rapporteur #3

La polémique Orelsan atteint son point d'orgue.

Vendredi 2 mars. Endemol pense à Sully Séfil pour la prochaine saison de Secret Story. Lequel décline poliment l'invitation. Dommage, il avait deux secrets : Booba parle de moi dans un morceau et j'ai raté mon retour dans le rap français. On doute que Rohff puisse être invité à sa place.

Samedi 4 mars. L'industrie du disque change d'avis et offre deux victoires de la musique à Orelsan, qu'elle avait pourtant censuré deux auparavant suite à une polémique ridicule. Alors, c'est qui la sale pute ? Pas Rost en tout cas, qui lâche François Hollande à cause de son manque d'implication pour les quartiers populaires. Ce qui va peut-être lui laisser le temps de se remettre à la musique.

Lundi 5 mars. A force de faire référence à The Wire, le rap français est progressivement devenu une série comme les autres. Résumé du dernier épisode : Cortex demande Lady Gaga en mariage en direct de Miami/Seine. 

Jeudi 8 mars. Il est arrivé tête de roumain, il est reparti zgueg dans les mains : l'homme qui avait sectionné au cutter le pénis de l'amant de sa femme devra purger 13 ans de prison. Morsay, toujours candidat à l'élection présidentielle, fête quant à lui le "disque d'or" de son DVD (100 000 ventes, source fiable) sur les Champs-Elysées en compagnie de Swagg Man, qu'on croyait pourtant mort depuis la dernière saison.

Lundi 12 mars. Les Haterz cassent le mythe : selon un commentaire sous l'un de leur statut facebook, Morsay et Zehef jouent la comédie. Sneazzy West préfère piétiner la table du plateau du grand journal plutôt que d'entendre ça.

Mardi 13 mars. On s'attendait à un match serré entre  les trous de Bâle et le Bayern Munich  mais les Allemands l'emportent finalement 7-0. Pas de suspense non plus entre 1995 et la Sexion d'Assaut : 65 000 ventes à 8000 en une semaine pour les homophobes. Sodomie toujours :  Brandao qualifie l'OM pour les quarts de finale de la Ligue des Champions grâce à un contrôle du dos. Busta Flex aime ça.

Mercredi 14 mars. Les Cahiers du Cinéma rationalisent La Vengance à leur tour.

Jeudi 15 mars. Le dernier clip de Taipan laissait penser qu'il voulait jouer avec le grand public. Son dernier statut facebook prouve plutôt qu'il veut jouer avec le feu.

Vendredi 16 mars. Sur leurs polos des impacts de balles forment leurs logos : excellent papier du magazine Vice sur le mythe des polos Brice dans le rap français de la fin des années 90. Et si le meilleur magazine de rap français était Québécois ?

Mardi 20 mars. Kery James a compris la pauvreté de la presse rap en France mais a encore des progrès à faire en communication : après s'être confié à Youssoupha lors d'une interview en trois parties, il s'adresse solennellement à ses fans dans une interminable vidéo où il apparaît seul devant un mur. Orelsan est programmé sur le festival Beauregard d'Hérouville Saint-Clair, ville dont il est originaire. Toujours utile d'avoir de la famille à la mairie. Wrung brouille les frontières entre freestyle vidéo et spot de pub. Malin.

Mercredi 21 mars. Bonne nouvelle concernant la prochaine mixtape de Grems : elle va sortir en physique. Mauvaise nouvelle : il faudra acheter Tsugi pour l'avoir.

Jeudi 22 mars. Après plus de 30 heures de siège, les forces de l'ordre pénètrent enfin dans l'appartement du tueur au scooter. Naja aurait réglé ça plus rapidement. Les Haters et les Cahiers du Cinéma l'avaient annoncé : Morsay assume encore un peu plus son personnage et part à la poursuite des illuminati sur Canal Street avant de donner une interview surréaliste à Mouloud. Et si on avait créé un monstre ? Confirmation enfin : Taipan et le grand public, c'était de l'intox.

Samedi 24 mars. Sur le plateau de Laurent Ruquier, Natacha Polony reproche a Youssoupha d'être trop bavard dans ses morceaux. On attend avec impatience qu'elle demande à un rockeur d'arrêter de jouer de la guitare.

Lundi 26 mars. « L'Etat est de loin le plus grand proxénéte, bon biz propre et net » [Sat, 1997]. « DSK mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée » [Libé, 2012]

Mercredi 28 mars. Zoxea découvre que l'industrie du disque est en crise. Suicide médiatique et politique de Didier Robert, président UMP du conseil régional de la Réunion, qui retire la subvention du festival Sakifo parce qu'il programme Orelsan, artiste qui appelle selon lui « à la haine, au viol, à la pédophilie ». Les joueurs d'orgue de l'île en profitent pour se placer discrètement. Pour la marche funèbre ?

Jeudi 29 mars. Alkpote découvre à son tour que l'industrie du disque est en crise mais se console aussitôt avec le dernier bon mot de Séguela, qui visiblement connaît ses classiques.

Vendredi 30 mars. Booba soulève 500 kilos de fonte.

Retrouvez les rapporteurs des mois de janvier et février. Rendez-vous en mai pour l'actualité du mois d'avril.

mardi 20 mars 2012

Le rap français va bien #7


Plusieurs mois se sont écoulés et de nombreux albums sont sortis depuis le dernier épisode. De quoi alimenter une émission de radio d'une heure, la fameuse Bagarre, pendant laquelle nous nous sommes concentrés sur les meilleurs morceaux sortis depuis le début de l'année 2012.



LA PLAYLIST DE L'EMISSION

Fixpen Sill - Train de vie : La très bonne surprise de la fin de l'année 2011 pour commencer. Le talent et l'énergie des rappeurs de l'Entourage avec l'esprit torturé et les revendications en plus. Et ça vient de Nantes !
 
1995 - Comment dire : On pensait Sneazzy West définitivement perdu pour le rap, on se trompait peut-être. Solide et cohérent, le deuxième EP de 1995 porte finalement plutôt bien son nom.

Areno Jaz - J'vends de la rime : Plus discret que les autres membres de 1995 mais au moins aussi talentueux. Chronique plus longue de son EP à venir dans les tout prochains jours.

Némir et Deen Burbigo - Ailleurs : Et pourtant je ne supporte pas l'accent du sud.

Klub des loosers - Au commencement : Morceau de conclusion d'un album d'une rare cohérence. Fuzati assure les textes et les productions en se concentrant sur le thème improbable de la reproduction. Bon pour les oreilles, mauvais pour la libido. 

Sexion d'Assaut (avec Dry) - Assez : Ils ont trouvé la recette du refrain-qui-tue et ne la lâchent plus. Leur démarche d'ouverture au grand public est critiquable, certes, mais mieux vaut entendre Sexion d'Assaut que Manau dans les médias et les boites de nuit. Vivement le solo de Maître Gims, en survole au dessus de l'album.

Youssoupha - Les disques de mon père : Parler de son fils sur un sample de son père = concept multigénérationnel délirant. Youssoupha fait partie de la troisième générations de rappeurs français, celle qui porte cette musique là où elle devrait être depuis plus de 10 ans.

Disiz - Le poids d'un gravillon : Retraite anticipée, retour réussi : le rap français tient son Laure Manaudou.

LA PLAYLIST BONUS 
(parce que l'émission ne dure qu'une heure)

Pejmaxx - Calligraphie sur porcelaine : Sa plume et sa diction forcent à la comparaison avec Flynt et Booba. C'est plutôt un compliment.

Zoxea (avec Melopheelo et Dany Dan) - Show Time : Et si les rappeurs des années 90 réussissaient enfin à vieillir dans la musique ?

Al K-Pote - Gainzbeur : Toujours plus sale, vulgaire et surréaliste. Indéfendable devant une mère ou une petite copine, mais c'est précisément pour ça qu'on l'écoute.

Nakk et Dixon, Mokless, Médine, Jeff le Nerf, Youssoupha, REDK, Lino - Invincible : L'unité dans le rap français n'est pas qu'un vieux morceau de La Fouine, c'est aussi et surtout un concept dont on est très fan. Le couplet de Médine se passe de commentaires.

Pepso Stavinsky - Prête l'oreille : L'ambition légitime de faire parler de sa musique l'a sans doute plus influencé que son voyage à Rennes, et le rappeur français blanc le plus nonchalant est incontestablement Taipan. Mis à part ces deux détails, impossible de ne pas prêtez l'oreille comme Pepso nous le demande si gentiment.

Retrouvez toutes les autres Bagarre sur facebook et sur le site de Radio Prun.

mardi 3 janvier 2012

20 jours avant Noir Désir

J'ai un sérieux problème avec les interviews, que je me bats pour obtenir mais que je ne publie pas toujours. Celle-ci date de février 2010, une éternité, et a été enregistrée dans les coulisses de feu l'Olympic ou Youssoupha venait de se produire dans le cadre du festival HIP OPsession pour la sortie de son deuxième album, « Sur les chemins du retour ». Quinze petites minutes de questions/réponses qui perdent parfois leur sens après deux années passées dans un enregistreur, mais qui gardent un intérêt à quelques jours de la sortie du nouvel album du « lyriciste Bantu ».

Avec cheveux.

Tu as récemment confié à l'Abcdr du son du son que « faire de la musique pour un éveil communautaire » était pour toi « la définition absolue du rap ». Et pourquoi pas pour un éveil tout court ?

Parce que le rap a cette particularité d'être le porteur du message d'une communauté sous représentée politiquement et médiatiquement. Le hip hop sert à passer les messages et à soutenir les causes de la communauté.

Tu demandes dans ton album à n'être classé ni dans le rap conscient, ni dans le rap commercial. Dans quoi dois-t-on te classer alors ?

Mon rêve serait que l'on ne me classe pas. On dit souvent de moi que je fais du rap conscient et j'en suis très honoré, mais j'ai peur des cases. Et puis, le rap français est très complexé. Si on te mets dans une case, on va te reprocher d'essayer d'en sortir. Alors pour ne pas décevoir les gens, je préfère leur dire de ne pas s'attendre à quoi que ce soit de ma part.
  
Tu parles déjà de complexe dans « L'effet papillon ». Qu'est-ce que tu entends par là ?

J'ai prévu d'en faire une chanson sur le prochain album. Pèle mêle, par exemple, c'est : un rappeur français ne danse pas sur scène, un rappeur français ne chante pas, quoi que, ça commence à changer... Un rappeur français ne dit pas qu'il aime les filles, un rappeur français ne dit pas qu'un jour il a pleuré, un rappeur français ne dit pas qu'il n'est pas gangster dans la vie réelle... Il y a pleins de complexes comme ça. On est renfermé. Moi je veux rapper et construire mon univers sans complexes. Je ne cherche pas la street crédibilité. Je suis anti street crédibilité ! Le jour où j'ai où j'en ai une, s'il te plait, retire-la moi ! On est toujours dans la posture de la caricature. Plein de mecs ont vu le clip « Pour ceux » de la Mafia K'1 Fry, par exemple. Le clip tuait, ok, mais 5 ans après ils essaient de refaire le même ! Arrêtez de ramener en bas d'un immeuble des petits et des mecs qui font de la CBR en roue arrière, c'est nul ! Kourtrajmé l'a très bien fait, passez à une autre idée !

Il faudrait que chaque rappeur ait la prétention de renouveler les codes à chaque fois...

C'est plus modeste que ça, il faut juste essayer d'être plus authentique. Être dans sa vérité,  dans sa personnalité. Il y a autant d'authenticité qu'il y a de gens sur la terre.


On te sent toujours très humble en interview ou dans tes paroles. Tu multiplies les remerciements et les dédicaces. Est-ce lié à l'ombre de ton père ? [Youssoupha est le fils de Tabu Ley Rochereau, chanteur de rumba congolaise très connu en Afrique, note de moi même]

Peut-être, parce que nous sommes tous les deux artistes mais ma carrière n'a rien à voir avec la sienne. Je suis un microbe par rapport à lui. Je ne veux même pas qu'on me compare à lui. J'ai d'autres frères qui chantent, je préfère que ce soit eux que l'on compare... Et puis je n'ai jamais caché que j'étais un fanatique de rap français. Quand les gens me disent que L'effet papillon c'est incroyable, je leurs répond que pour l'écrire j'ai eu besoin d'Oxmo Puccino, d'Akhenaton, d'Assassin, de MC Solaar... Dans ma chambre et dans ma tête ! Donc ça ne sert à rien que je prenne des postures bizarres : je suis fanatique de ces gars et je suis reconnaissant de tout ce qu'ils ont pu m'apporter.

Tu es dans le Top 100 de l'Abcdr avec ton « Éternel recommencement ». Maintenant que tu es dans le patrimoine du rap français, tu pourrais te permettre de...

[Il coupe] Tu sais, j'ai fait une tournée avec Method Man et sur la dernière date il m'a invité à monter sur scène avec lui pour le titre « Da rockwilder ». Ce jour là je me suis dit : « Je peux arrêter le rap ». Et puis, il y a eu L'année du hip hop ou j'ai chanté « Demain c'est loin » avec IAM, j'ai dit : « je peux arrêter le rap ». Et puis après le zénith avec Kery il y a quelques semaines, j'ai dit pareil... Je pourrais arrêter le rap tout les jours tellement je réalise mes rêves et je rencontre des gens qui m'ont fasciné. Mais je ne suis pas du genre à regarder ce que j'ai déjà accompli. Je fais, et on fera le bilan plus tard.

Ce n'est pas l'humilité qui a porté Booba là où il est aujourd'hui car il ne dit jamais merci [mise à jour nécessaire : « A.L.I., tu as toute ma reconnaissance », novembre 2010, ndmm]. Le crime paie, et l'humilité ?

Je n'ai pas l'impression, mais elle aide peut-être à se sentir plus en paix avec sa propre histoire. Il y a des gens qui sont comme des héros pour moi. Au delà des chiffres de vente et de la résonance médiatique, je tiens à dire que ces gens, qui ne sont peut-être pas connu, existent. Booba, je ne connais pas son histoire. Quoi que, j'ai déjà vu des interviews où il dit que certains l'ont appris à rapper...

  
Ton premier album aurait dû s'appeler « Négritude », il s'est finalement appelé « À chaque frère ». Pourquoi ?

Parce qu'il y a pas mal de polémiques qui sont nées et qu'on commençait à tomber dans un espèce de relent raciste. Surtout après le morceau « Toubab ». J'entendais dire que Négritude allait être un album que pour les noirs. Je n'avais pas envie qu'on le concept, que j'avais pris à Aimé Césaire, soit détourné à cause de moi. C'est finalement le nom du morceau qui ouvre l'album qui à été gardé comme titre.

Le nom de ton deuxième, « Sur les chemins du retour », est une référence plus discrète à l'œuvre de Césaire...

Une référence au « Cahier d'un retour au pays natal », oui. C'est un peu plus discret, et puis je voulais faire cette phrase : «À chaque frère sur le chemin du retour ». Et avec le temps on découvre plusieurs sens à ce titre là.

Dans « 15 ans en arrière » tu évoques le fait qu'on te voit un jour avec IAM et le lendemain dans Popstar comme une contradiction. Pourquoi ?

Dans les fameux complexes que peux porter le rap français, il y a justement ce genre de postures là. Je vis sur des coups de têtes et des envies. Je fais des ateliers d'écritures dans la « vie normale », et sinon je fais des concert et des rencontres, ou comme aujourd'hui des concerts en prisons [Youssoupha s'était produit dans une prison nantaise dans la journée, ndmm]. À côté de ça, IAM c'est mon histoire et mon patrimoine. Ce grand écart je le supporte et je l'aime. Il m'est même vitale et je continuerai même à la cultiver.

Sans cheveux.



Ton passage à Popstars contribue à la « normalisation » du rap dans les médias généralistes. Nous avons du retard par rapports aux États-Unis sur ce point...

Ici le rap est encore vu comme une sous culture d'analphabète [sourire].

Si on t'invite à la Star Academy ?

Si c'est pour chanter une chanson à moi que je peux choisir, il n'y a pas de problème. La chance aux chansons aussi, tant que je suis dans mon rôle, dans mon authenticité. Si j'ai dis oui à Popstar pour faire des ateliers d'écriture, c'est parce que je fais vraiment des ateliers d'écriture dans le vie... Par contre, à un moment on a eu des contacts pour participer à la ferme célébrité. Non ! Je ne suis fermier dans le vie, donc je n'irai pas.

Sur Skyrock ?

J'irai tant que l'on passe mes titres sans que l'on me force à les formater. C'est un peu le problème que j'ai avec cette radio.

Et si on t'invite chez Ruquier ?

J'irai rien que pour pouvoir m'expliquer avec Eric Zemmour en public et mettre les choses à plat. Parce que mine de rien, on stigmatise un peu mon rap là.

Youssoupha n'a jamais été invité chez Ruquier, qui s'est d'ailleurs récemment séparé son chroniqueur. Quant au procès, que Youssoupha a perdu, je l'ai déjà résumé. J'ai quitté sa loge ce soir là après un check de l'épaule et la promesse que je le recroiserai dans de meilleures conditions. L'occasion s'est présentée début décembre. Promis, je publie ça avant 2014.

Cette interview fait partie d'une série d'articles que je publie avant la sortie de Noir Désir le 23 janvier prochain. Le début du compte à rebours :
41 jours avant Noir Désir
33 jours avant Noir Désir

mercredi 14 décembre 2011

De 7 à 77 ans

Carlo Peroni, l'un des papas du personnage Caliméro, est décédé hier à l'âge de 82 ans. Le nom de son poussin noir qui se plaignait sans cesse est rentré depuis de nombreuses années dans le langage courant. Il désigne une personne qui se dit malchanceuse ou persécutée.


Booba n'écrit que très rarement de morceaux « à thème », préférant se concentrer sur la technique de la punchline comme beaucoup de ses collègues (Julien Morel l'explique mieux que moi). Lorsqu'il cite Caliméro, le poussin maudit est donc isolé au milieu de rimes pas toujours en rapport avec lui. La première fois en 2004, dans le morceau Alter Ego :
 « Des MC comme nous, y'en aura pas d'aussitôt, j'débite si violemment j'pourrais en perdre une chico / Fait vite, passe-moi l'magot, l'argent les rend coquines / j'ai tué Caliméro d'une bastos dans la coquille. »
La seconde fois, deux ans plus tard, avec le morceau Boulbi :
« L'Etat fait tout pour nous oublier, si j'traîne en bas de chez toi j'fais chuter le prix de l'immobilier / Ouais mec, bidon d'essence, allumettes. J'y vois pas clair sans mon fusil à lunette / J'fais plus de biff qu'au tiercé, Caliméro se plaint moins la coquille percée. »
Booba tue Caliméro dans un album et l'enterre dans le suivant. Clin d'oeil intéressant qui prouve qu'il a de la suite dans les idées puisque ces deux rimes vont dans le sens d'une liberté que Booba défend farouchement : celle d'entreprendre et de réussir sans se plaindre de son origine sociale ou de sa couleur de peau. Prise de position atypique et risquée dans le rap français qu'il confirmait pourtant en 2008 dans le morceau Game over : 
« J'arrêterai quand il le faut, je ne ferai pas l'album de trop / Tout le monde peut s'en sortir, aucun cité n'a de barreau. »
Son « puzzle de mots et de pensées », expression tirée de sa propre oeuvre que l'on utilise souvent pour décrire ses textes, est finalement assez simple à reconstituer. Presque un jeu d'enfant.



mardi 13 décembre 2011

41 jours avant Noir Désir

Rares sont les albums de rap français à susciter autant de buzz que celui que s'apprête à sortir Youssoupha. Si j'ai récemment  retracé son parcours jusqu'au « procès Zemmour », je vais maintenant me concentrer sur les jours qui nous séparent de la sortie de Noir Désir à travers le compte à rebours que j'engage avec ce billet.

Noir Désir sera dans les bacs le 23 janvier 2012.
Omniprésent sur les réseaux sociaux (plus de 20 000 abonnés sur Twitter, près de 100 000 fans sur Facebook) où il mène une stratégie cohérente et efficace (plus d'actualités que Booba, pas de fautes d'orthogaphes comme Nessbeal, moins de retweets inutiles que La Fouine et une ponctuation plus sobre que Sexion d'Assaut), Youssoupha est déjà certain de faire parler de lui avant, pendant et après la sortie de l'album. La façon dont il avait géré l'approche du procès en septembre dernier témoignait déjà d'une maîtrise presque parfaite de ces outils, la sortie du morceau « Menace de mort » la veille de l'audience relevant quasiment du génie.

Je ne reviendrai pas sur « Espérance de vie », dont j'ai déjà parlé à sa sortie il y a quelques jours, sinon pour dire que c'est un morceau qui prend toute sa dimension sur scène. Youssoupha l'a joué ce week-end au festival Tissé Métisse, à l'occasion duquel j'ai d'ailleurs eu la chance de le rencontrer de nouveau. L'interview sera en ligne avant que Noir Désir soit dans les bacs. Si les Dieux de la procrastination m'épargnent.

Le visuel de la pochette a été dévoilé la semaine passée dans la vidéo qui suit. On entre dans l'intimité de sa confection et on devine les photos du livret au son d'un excellent couplet inédit qui ne sera pas sur l'album. Où comment faire grimper l'excitation en n'en montrant ni trop, ni trop peu.



Le deuxième extrait de l'album après « Espérance de vie » a quant à lui été dévoilé hier. Le texte assez peu consistant, le flow saccadé et le refrain chanté m'ont surpris autant qu'un morceau d'Orelsan au caractéristiques relativement similaires il y a deux mois . Youssoupha s'ouvre au grand public avec ces "Histoires vraies", qu'il rend plus accessibles sans se corrompre avec une instru vraiment trop légère ou un featuring honteux. Joli coup à un peu plus d'un mois de la sortie. 

Reste à espérer qu'il saura trouver sur Noir Désir l'équilibre entre des morceaux de ce genre et d'autres plus fidèles à ces talents d'origines. Orelsan a su le faire pour Le chant des sirènes, avec un succès populaire une reconnaissance artistique à la clé. A charge pour Youssoupha de suivre sa voie.



Suite du compte à rebours à la prochaine actualité ou dès que l'une de mes deux interviews (février2010 et décembre 2011) sera prête.

jeudi 1 décembre 2011

Le rap français va bien #5

Youssoupha - Espérance de vie

Le lyriciste Bantu n'en finit de me faire bouger la tête. Productions folles et flows maitrisés, punchlines assassines et langue bien pendue : sa carrière prend assurément une nouvelle dimension depuis la sortie de son clashes au printemps dernier, et ce malgré le procès récemment perdu face à ce con d'Eric Zemmour. Dans la vidéo dans laquelle il annonçait qu'il allait faire appel de la décision, Youssoupha avait discrètement calé quelques notes de son dernier classique ci-joint. Au moins aussi fou que le court  freestyle qu'il a publié par la même occasion. Passage par Nantes le 10 décembre et sortie du quatrième album le 23 janvier.



Nessbeal - Force et honneur

J'ai toujours admiré la faculté qu'a Nessbeal a enchaîné les portraits comme Booba enchaîne les métaphores. Quelques mots pour une situation précaire, dangereuse, malheureuse ou illégale. Un enfant dans la misère, une femme face à la violence ou un homme devant la justice. Nessbeal raconte les côtés sombre de la vie avec pudeur et compassion sans jamais tomber dans le pitoyable. Ses albums sont des trombinoscopes de gueules cassées. "Force et honneur" est extrait de son excellent dernier album, Sélection naturelle.



Booba - Pigeons

Deux choses à dire suite à la sortie récente d'Autopsie 4, dernière mixtape de mon copain Booba. Première chose : l'habitude qu'il a pris depuis le début de sa carrière d'emprunter une phrase ou un mot d'un ancien album pour en faire un morceau entier sur le suivant devient tellement excitante qu'il devrait lancer un concours : "devine la tracklist de mon prochain album et gagne un voyage à Miami". Après s'être carrément auto samplé dans "Jour de paye" l'an dernier, il récidive dans Pigeons cette année. Du génie. Car ce n'est pas qu'il n'aime pas se mélanger mais disons, simplement que les aigles ne volent pas avec les pigeons. Deuxième chose : ses textes sont de moins en moins denses et l'enferment dans une esthétique gangster qui devient de plus en plus pesante. Autopsie 4 n'est qu'une mixtape, mais l'impression ne date pas d'hier. Ressaisis toi l'ami, ou l'on va finir par vraiment penser que que tu as perdu le nord, que tu t'es éparpillé.



Grems et Némir - Gens du passage

J'ai manqué le passage de Némir à Nantes en février dernier parce que j'avais sacrifié mon début de soirée pour le club de football qui m'a viré sans états d'âme quelques mois plus tard. La vie est une chienne. Sur ce morceau extrait d'Algébre 2.0, sa plume et son flow éclipsent Grems, dont le talent et l'hyperactivité n'ont d'égal que l'arrogance. Te vexe pas hein, je vais quand même l'acheter ton vinyle.



jeudi 13 octobre 2011

Bref

Voilà comme promis un rapide résumé de mes brouillons abandonnés ces dernières semaines par manque de temps.

Guizmo - Normal

La qualité de l'album est inversement proportionnel à la beauté de la pochette.
Le premier membre de l'Entourage à se lancer en solo n'est pas celui que l'on attendait. Malgré l'engouement suscité par la sortie du premier maxi de 1995 et les prestations de Jazzy Baz et Deen Burbigo lors de la dernière saison des Rap Contenders, c'est Guizmo, que l'on avait à peine aperçu jusqu'alors, qui dégaine en premier. Un album plein de spontanéité dont le seul mince défaut est de ne s'écarter que rarement des deux thèmes de prédilections d'un rappeur à l'incroyable charisme : l'alcool et la rue. On lui pardonne largement, cependant, tant les productions, les rimes et les flows sont excellents. A consommer sans modération.



RIP Contenders

"Le Rap Contenders 4 est annulé, l'équipe ne pouvant pas garantir le bon déroulement de l'évènement". C'est par ce communiqué publié sur Facebook à moins d'une semaines du tournage des battles, qui prétexte plus loin des "raisons personnelles", que les nombreux fans des Rap Contenders ont appris que l'aventure se terminait. Ou comment se tirer une balle dans le pied en plein buzz. S'il veut continuer à se plaindre du manque de respect et de visibilité dont il est victime, le rap français va devoir apprendre à gagner en crédibilité et en professionnalisme. Parce que là c'est genre, pathétique.



Taipan - La rentrée des clash

Vanné sur l'un de ses morceaux intitulé "Koideneuf negro" lors de son excellent battle face à Deen Burbigo (à 14'40), Taipan a répondu dans son dernier clip avec une dose d'auto-dérision frôlant le génie (à 1'47). J'attends la sortie de ses prochains sons le 5 décembre avec autant d'impatience que la signature de Beckham à Paris.



Booba - Live à Bercy

Pour ses prochains concerts, Booba devrait sérieusement penser à s'installer dans la fosse et à laisser sur scène son public et son DJ. Abusant des playbacks et de l'aide de ses fans, qui finissaient constamment les phrases que sa voix cassée peinait déjà à commencer, Booba a parfois frôlé le ridicule lors d'un concert sans relief dans un Bercy qui affichait pourtant complet. Je pensais que la scène n'était pas son point fort mais je me trompais : c'est son point faible.



mercredi 14 septembre 2011

Douleur et peine

"Un jour tu ris, un jour tu pleures. Un jour tu vis, un jour tu meurs". Réécouter aujourd'hui l'un des morceaux les plus aboutis de la carrière de Booba, réalisé par DJ Medhi, fait froid dans le dos.


Producteur précoce pour Idéal J, le 113, Rocé et la Mafia k'1 Fry, entre bien d'autres, DJ Mehdi est décédé accidentellement la nuit dernière à l'âge de 34 ans. Le premier mort dont je parlais en mai dernier ? Peut-être, car sa contribution au rap français, résumée par un mix disponible sur l'abcdr du son, est tout simplement colossale. Un artiste tellement talentueux qu'il s'est aussi illustré dans l'electro après avoir signé, il y a quelques années, sur le mythique label Ed Banger.

Si l'émotion liée à sa disparition s'explique avant tout par l'oeuvre extraordinaire qu'il laisse derrière lui, il est tout de même consternant de voir que le hip hop ne fait la une des médias que pour un nouveau faits-divers. Ouest France, Le Parisien et 20 minutes, pour ne citer qu'eux, sont ridicules.  Et que des dire des politiques qui ne savent même pas écrire correctement son prénom... Heureusement, Libération et Stéphanie Binet sauvent une fois de plus l'honneur. 

"Des averses de bonheur, des cyclones de douleur" prédisait Booba. RIP l'artiste.

jeudi 30 juin 2011

Nique sa mère la réinsertion

Vous me voyez là-haut, avec les bras levés ?

J'ai reçu une lettre du FC Nantes, hier. Pas d'entête ni de signature, pas de détails ni de justifications. Juste une sanction, cruelle et définitive : l'école de foot se passera de mes services d'éducateur pour la saison prochaine. En d'autres termes, je suis viré. Un tiers de mon temps se libère, mais un quart de mon salaire disparaît. Sans que je sache pourquoi ni par qui cette décision a été prise. Comme ça, d'un coup, un 29 juin. Aucune éthique, aucun respect, aucune élégance. Un courrier lâche et malhonnête symptomatique d'un club qui n'en finit plus de sombrer. La forme est tellement honteuse que le fond en devient plus acceptable. Un mal pour un bien, peut-être. Difficile pourtant de rebondir ailleurs à une époque de l'année où les autres clubs ont déjà bouclés leur recrutement. Ils m'ont fait tomber si bas que pour en parler faut que je me fasse mal au dos. Putain, quel club de bâtards. (référence nécessaire)

>>> LA LETTRE <<<

mardi 10 mai 2011

Que des n°10 dans leurs teams

L'Entourage, 1995, S-Crew et 5 majeur. J'en oublie sans doute.

Une nouvelle génération de rappeurs pointe le bout de son mic à Paris. Ça pillave et ça fume, ça représente et ça crie, ça rap et ça buzz, ça clash et ça fait mal. Difficile de dire qui sont ces types et d'où ils viennent, pour qui ils roulent et où ils vont. Des crews à la pelle et du swag en masse : mais comment font-ils pour avoir ce style ? Ils ont colonisé les battles Rap Contenders et envahissent Youtube alors que leurs plus vieilles vidéos datent de janvier. 2011. Partagé entre l'excitation de découvrir chaque jour des nouveaux freestyles et l'envie de les entendre sur un projet plus concret, je me contente pour l'instant de vanter leur insolent génie. Ils n'ont pas toujours grand chose à rapper, sinon des égotrips délirants, et c'est encore un peu tôt pour cerner leurs personnages, leurs points forts et leurs connexions. L'énergie et la facilité qu'ils dégagent, pourtant, est déconcertante. Certains perceront sans doute, d'autres non. Des groupes vont s'affirmer, des collectifs vont se dissoudre. Mais qu'importe demain. Il faudrait être la banane du siècle pour ne pas en profiter aujourd'hui.



Si t'as la flemme de googler leurs blazes :

Nekfeu survole un battle (du très lourd à 7'01)
Interminable freestyle collectif (complètement ghetto)
Freestyle de l'Entourage (bons flows et belles images)
Guizmo solo (sur une prod de Mobb Deep)
Sneazzy et Alpha Wann (freestyle dans un appart de dingue)
Freestyle 5 majeur (seul Nekfeu vient de Paris à priori, mais ça vaut le coup d'oreille)

lundi 2 mai 2011

Ex aequo avec Booba


Insolent, prétentieux et nonchalant. Drôle, ironique et désabusé. La punchline facile et l'insulte gratuite. Apathique avec un bic. Mon rappeur préféré.

Un an quasiment jour pour jour après la sortie ratée de son excellent premier album solo, Taipan refait surface avec cette courte vidéo. De l'égotrip, bien entendu ; des références à la géopolitique et à la culture populaire, forcément ; un flow clair et carré, évidemment ; un instru mortel signé CHI, je ne sais pas même pas pourquoi je le précise. Une réussite, comme d'habitude.



Je pense publier l'interview du directeur artistique de son ancien label sous peu.

vendredi 8 avril 2011

Il me casse le cerveau

Un égotrip vulgaire et sexuel avec l'halluciné Nessbeal. Voilà comment Booba rappait sa relation avec les femmes en 2004. Deux albums et quelques années plus tard, c'est avec cette déclaration sulfureuse sur un instru emprunté à Ryan Leslie qu'il abordait de nouveau le sujet. Booba était-il amoureux ? Je me suis longtemps posé la question. Novembre 2010, cinquième album. Piste 7, Killer. J'avais enfin une réponse. Non. Le joli clip, signé Chris Macari, est sorti cet après-midi.



Toujours aussi distant mais bien moins vulgaire, Booba pèse désormais ses mots et dévoile enfin une sensibilité qu'il a toujours caché. Lorsque le CSA le laisse finir ses phrases, bien sûr. Partenaires multiples, marques d'affections rares et égotrip toujours omniprésent : la relation qu'il entretient avec les femmes reste tout de même fragile. Booba peut-il être amoureux ? Voilà désormais la question que je me pose.

jeudi 17 mars 2011

Summer Camp - Round the moon

Mon tube de l'été dernier, de l'été prochain et sans doute aussi de celui d'après. Ex-aequo avec Double Poney, mon tube de l'été à vie. Mois de mars ou pas, je tenais à partager ça.



Naïf, fragile, tragique, éternel et captivant. Rares sont les morceaux susceptibles de se mettre à la hauteur des images sublimes de cette "Swedish love story", sortie au cinéma en 1969. Ce Round The Moon, signé Summer Camp, en est. Sans exagérations ni légèretés. Rien que de l'amour, easy.

Des regards qui se cherchent mais qui ne se trouvent pas, un méchant qui fume sa cigarette jusqu'au filtre, un pyjama pour deux, et vas y que je balance ma mobylette et que je t'attrape par le col avec mes mains dégueulasses. Une mélodie electro pop glaçante, une boucle de synthé, un coup de vocoder et un chœur féminin discret par dessus ça, bingo, j'ai 14 ans pendant 3'38. 

Un pote a chopé le film entier quelque part dans les Internets. Je vous raconterai, sauf si je pleure.

mercredi 2 mars 2011

Y'a plus de règles

On savait déjà qu'il était possible d'être ministre de l'intérieur malgré des casseroles judiciaires et une tête de simplet alcoolique. On savait aussi qu'il était possible d'être sélectionneur de l'équipe de France de football malgré des casseroles médiatiques et une tête de Turc. On sait désormais qu'il est possible d'être récompensé lors d'une cérémonie nationale malgré des casseroles musicales et une tête de punk à chiens.

Sincères félicitations à Zaz, qui a reçu ce soir une victoire de la musique dans la catégorie "chanson originale de l'année" pour le morceau "je veux", qu'elle n'a ni écrit ni composé. Ci-dessous deux de ses premiers tubes, pour le plaisir.





Récompenser l'infâme Abd Al Malik et l'insignifiant Ben l'Oncle Soul, tout en boycottant Booba et Sexion d'Assaut, ne leur suffisait donc pas. La crédibilité des victoires de la musique flirte avec le zéro absolu.


mardi 22 février 2011

Seth Gueko - Shalom salam salut

Seth Gueko qui reprend un classique de Bérurier Noir en samplant un refrain de Booba : il ne m'en fallait pas plus pour écouter quinze fois en trois heures un morceau qu'on attendait depuis deux ans.

Le Pavarotti des parkings n'est pas tombé dans la piège de la reprise sans valeur ajoutée en dressant avec humour et tendresse une impressionnante série de portraits. Il y de la délinquance, de la magouille et de la débrouille dans ce morceau électrisant où Seth Gueko mêle une fois de plus culture populaire et esthétique des caravanes et des banlieues.



Son prochain album, Michto, sort le 28 mars prochain.

mardi 1 février 2011

Un petit coin de paradis

Mais où est Booba ? On ne sait pas. Disparu depuis la fin du dernier morceau, insensible aux rappels. Pourtant le public le réclame bruyamment, mais les minutes s'écoulent et la salle reste sombre. Dans les coulisses, finalement, il prend son courage à une main et une bouteille de Jack dans l'autre, puis repart pour le dernier morceau.

La lumière sa rallume sur un piano blanc posé au milieu de la scène. Joies. Cris. Booba revient, seul. Il a changé son bas de jogging pour un pantalon en soie blanc. Laissé casquette Unküt et veste Adidas à la loge. Il est torse et pieds nus. Se dirige lentement vers le piano puis s'assoit sur le tabouret. Il boit une gorgée, pose la bouteille presque vide sur l'instrument puis ses doigts argentés sur quelques unes de ses 73 touches.


 

Le jour de gloire est arrivé, enfants de la patrie. Pas de basse ni de batterie, juste quelques notes de piano sur lesquelles Booba crache son venin. Il assure les couplets sans lever les yeux vers son public qui s'époumone sur les refrains. Intime comme jamais, beau à en devenir triste. Puissant comme des marins qui boivent et reboivent, et qui boivent encore, émouvant comme une bougie dans le vent et culte comme une 504 au milieu des ronds de cuir.

Encore quelques notes avant de claquer la porte. Puis Booba se lève, reprend la bouteille et quitte la scène sans dire un mot. Il a fait le spectacle et l'unanimité. Il nous a ému si fort qu'il nous a cassé l'égo.

Merci.